PAKISTAN

   
   
 

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Avertissement :
Nous attirons votre attention sur le caractère très personnel de ces carnets de voyage.
En aucun cas, ces récits n’engagent les partenaires et sponsors du projet « Des Rêves plein le Monde ».
Ces carnets de voyage sont rédigés simplemement dans l’optique de donner quelques nouvelles à notre entourage.
Vous y trouverez nos joies et "galères", nos impressions et ressentiments sur la Route des Rêves. Rien de plus.
Impressions de voyageurs enthousiastes et émerveillés, parfois exarcébés, fatigués ou en colère.
Il convient donc de prendre ces récits, comme de simples impressions au fil de la Route, avec tout le recul nécessaire qui s’impose.

Pour le thème central du projet, à savoir les rêves et projets des enfants et d’adultes, nous vous invitons à consulter la rubrique « Collectionneurs de Rêves ».

Un seul mot, réellement mythique...Le Pakistan nous laisse une savoureuse empreinte dans nos mémoires de rêveurs.

Attente et réflexion

Une dizaine de jours, voilà le temps que nous nous sommes octroyés pour se remettre de nos mésaventures indiennes et de notre intoxication alimentaire. Reprenant progressivement des forces à Islamabad, ce fut aussi l'occasion de penser, réfléchir à la suite de la Route des Rêves.

Flou le plus total quant à la suite de notre route. Soit la Chine via la Karakoram Highway, soit l'Afghanistan, soit l'Iran via le Sud du Pakistan....Longues heures de tergiversations en prenant en compte de nombreux facteurs : sécurité, délais d'obtention des visas, formalités administratives, prix des autorisations spéciales, météo, faisabilité et timing...

pakistanPremière option, la Chine..."Casse tête chinois" par excellence devant le parcours du combatttant que représente la traversée de ce pays à moto. Nombreuses restrictions difficiles à admettre pour nos eprits libertaires, compagnie plus que collante d'un garde chinois, prix rédhibitoire pour notre budget serré de "travellers".

Deuxième option, l'Afghanistan. Second parcours du combattant pour glaner et trier l'information la plus récente et la plus réaliste sur la sécurité de ce pays.

Troisième option, l'Iran par le Sud du Pakistan. Grand détour par rapport à notre itinéraire initial. Le facteur sécurité est aussi à prendre en compte.

Le choix est cornélien mais une décision s'impose dans les plus brefs délais.

Empreinte d'aventure et de mythes

La fameuse route Karakoram Highway. Trajet fantastiquement mythique : une des routes les plus hautes du monde, et richement chargée d'histoire sur les traces de la Route de la Soie.

khunjrabEnsorcelante route se faufilant et serpentant insidieusement entre les pics de 7 000 à 8 000 mètres d'altitude. Le silence s'impose de lui-même face à ce spectacle époustouflant. Ces insolentes "terres du ciel", d'une beauté à la fois majestueuse et sidérante, culminant à plus de 8,000 mètres, nous laisse sans voix et sans souffle...Tête inclinée, regard suspendu, âme silencieuse et rêveuse, notre imagination s'envole et flirte sensuellement avec ces cimes cisaillées par le temps. Magique, profondément magique.

Les 80 derniers kilomètres furent des plus épiques. 6 heures de montée, 6 heures de souffrance infligées violemment à nos motos manquant clairement d'oxygène pour une bonne combustion, 6 heures à s'enlacer amoureusement aux pentes vertigineuses des montagnes, 6 heures de bonheur intense et libertin, pour toucher et palper de tous ses sens, le point culminant de la route, la Kunjerab Pass, à la frontière de la Chine.karakoram

Les dix derniers kilomètres de lacets nous exténuent littéralement, studieusement concentrés à garder le contrôle de nos motos dérapant sur la piste enneigée et glissante..."Ne pas flancher, ne pas fléchir, ne rien lâcher"...répétons nous à notre propre conscience.

Les murs de glace nous ouvrent magistralement la voie dans cette fantastique montée céleste et onirique.

Le sommet se rapproche, nous touchons du regard notre objectif blanchâtre.

 

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400 mètres, un premier panneau se distingue, 300 mètres, un poste frontière, 100 mètres, 50 mètres.

YES, Kunjerab Pass, à plus de 4 730 mètres. Comme deux jeunes gamins en culottes courtes, on exulte, on saute de joie. "We did it". Nous dansons de bonheur, un pied au Pakistan, l'autre en Chine et la tête dans les airs. On félicite sans retenue nos motos de leurs efforts. On les embrasse aussi stupidement qu'amoureusement.

Cette arrivée a un savoureux goût de victoire. Victoire d'être les premiers à ouvrir la passe pour la saison 2006. Victoire d'avoir suivi cette route pakistanaise jusqu'à son terme. Victoire de s'être un peu violenté.

pakistanMais, le relativisme est de mise. Notre "pseudo-victoire" semble bien absurde et déplacée au vu des efforts incomparables que peuvent fournir les vrais sportifs (notamment nos valeureux amis cyclistes pérégrinant sur toutes les crêtes du globe). Pourtant, notre plaisir jouissif est bel et bien là. On le prend, on le goûte, on s'en délecte délicieusement et indécemment.

Plus de 1 800 Km à rouler sur une route "poulailler", à zigzaguer et louvoyer entre les nids de poule et les pierres imposantes détachées du mur du ciel. Plus de 1 800 Km de montagnes avalés en une semaine pour savourer quelques minutes de bonheur extatique...Bel objectif, certes. Aussi insensé que justifié. Aussi futile qu'utile.

Empreinte de frayeur

Néanmoins, cette route s'est joliment agrémentée d'acides piments de frayeurs.

Au point culminant de la Kunjerab Pass, un début de tempête de neige nous surprend juste après notre arrivée, nous exhortant expressément à remettre les voiles du retour, au risque d'être bloqués au sommet.

Sur le chemin de la descente, un vent puissant et ravageur s'engouffre dans les tortueux lacets de la piste, emportant dans sa course folle des pierres "aiguisées à la mort". Tombées du ciel montagneux, ces pierres dévalent les pentes vertigineuses à un rythme effréné. La vigilance s'impose, et nous redoublons d'attention à chaque passage furtif de ces "pierres tombantes" à la triste odeur de "pierres tombales".

yackAutre obstacle, de taille : les yacks et leur imposante prestance. Nous croisons leur chemin non sans une certaine angoisse. Subitement, un des yacks, pris d'un élan de folie, s'excite et galope violemment sous nos yeux de poltrons. Notre soi-disante témérité vole alors en éclats et la peur nous glace littéralement. Fix, réellement transi de peur, reste près d'un quart heure à tergiverser face à cette arène dans laquelle il ne veut pas torrer. Un moment d'inattention de l'animal...et vient alors le moment opportun pour Fix de décliner le combat en s'enfuyant lâchement mais sûrement. Cependant, le combat tauromachique aura quand même lieu...non pas avec Fix et un yack...mais plutôt avec Arnaud et un âne. Un peu plus loin, à vitesse modérée, Arnaud se fait admirablement encorner et embrocher par un âne en furie. Joliment éjecté de sa monture mécanique, Arnaud s'en sort par chance sans trop de gravité.

 

karakoramDernier piment assaisonné à l'humour...l'escorte policière sensée assurer notre protection. Pendant deux jours, policiers et militaires se succèdent jovialement à chaque canton pour nous servir d'escorte. Au début, nous récusons cette compagnie collante, trop épris d'indépendance à pérégriner en roue libre. Mais, notre esprit de liberté se voit contré par le chef de la police locale.

Perplexes et étonnés, nous cherchons à comprendre la justification de cette compagnie imposée.

Les premiers militaires avancent l'argument de l'insécurité de la région. Surprenant....Les sentiments d'inquiétude et de peur ne nous ont jamais ébranlé l'âme sur le chemin de l'aller. Les troubles de la région ne semblent pas avoir pour cible les étrangers.

D'autres évoquent des chutes de pierre. Deux jours auparavant, un cycliste allemand est retrouvé mort sur la route, apparemment écrasé et emporté par une "pierre tombale".

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Face à la convivialité des militaires, on accepte cette joviale compagnie non un certain amusement.

camion pakistanaisL'escorte, baptisée pour l'occasion "l'escorte Rolling Stones" (Pierres qui roulent), nous fait bien sourire. Ces chaleureux militaires s'évertuent à s'occuper de notre sécurité, en autres contre "les pierres qui roulent". Comme si une escorte militaire pouvait dissuader les pierres de tomber du ciel. Comme si des militaires pouvaient contrer la malchance et les caprices de la nature. Situation réellement absurde, loufoque et risible. Cordon policier, warning et klaxon, protection disproportionnée...Le ridicule atteint son paroxysme. On s'amuse, comme des gamins, à les semer à chaque tournant. En vain, les "Rolling Stones de la sécurité" nous rattrapent immanquablement.

Empreinte d'adrénaline.

De retour à Islamabad, la décision de notre prochaine étape est prise : Afghanistan.

jeepNous mettons le cap à l'ouest pour rejoindre la mystérieuse ville de Peshawar. Etrange atmosphère où se mêlent regards chaleureux et regards fusillants. La tension de la région est incroyablement palpable sur les visages, dans le dédale des rues et marchés. Une puissance intrigante émane de cette ville et de ses âmes qui l'animent. Mélange de fascination et d'incompréhension, population patchoune à la personnalité bien trempée, réfugiés afghans.... on ne sait que penser.

A la sortie de la ville, les zones tribales commencent. Zones de non droit où le contrôle du gouvernement pakistanais n'a plus de prise. Contrebande en tout genre : opium, kalachnikov, lance-roquettes en vente libre. Chefs tribaux omnipotents décidant du sort des membres de leur tribu. Bref, une "jungle coupe-gorge" servant de base arrière à certains talibans exilés.

karakoramLa traversée mythique de la fameuse Khyber Pass nous laisse néanmoins un incroyable souvenir parfumé à l'adrénaline. Contraints d'être escortés d'un "gun-man" armé jusqu'aux dents, nous traversons les zones tribales en camion pick up non sans une certaine appréhension. En effet, nous avons été contraints par les autorités pakistanaises de mettre nos deux motos à l'arrière d'un pick up pour des raisons de sécurité. Réellement fascinant d'emprunter cette route imprégnée d'une histoire passionnante et sanglante.

Guillaume le Conquérant, les fameux mongols Gengis Khan et Tamerlan, le "Great Game" entre la Russie et l'empire britannique...tant de conquérants avides de conserver ou d'étendre leur sphère d'influence, ont emprunté cette mythique passe. Que d'enjeux et de sentiments hégémoniques ont "parfumé" et imprégné cette rocaille, cette poussière de sable...Notre imagination vagabonde et rebondit sur chaque paroi, tentant de percevoir et sentir le secret révélé des pierres.

Empreinte de convivialité

Pakistan, délicieux pays tordant le cou aux idées reçues.

pakistanQu'on se le dise, cette contrée peut s'enorgueillir d'être notre grand coup de coeur de notre voyage. Bien loin des clichés véhiculés par la presse internationale, la population pakistanaise est prodigieusement accueillante, notamment au Nord du pays avec les fameux Ismaéliens (chiites). Désintérêt total, les gens brillent de bonté et d'attention à notre égard. L'accueil des pakistanais n'est donc pas un vain mot. En témoignent ces nombreuses invitations fleurissant à chaque ruelle et embaumant nos rencontres. Ici, l'hospitalité rime avec l'attention accordée à l'autre.

Grande leçon d'humilité que d'être spontanément et chaleureusement aidé sans arrière pensée mercantile...Grande leçon d'humilité de constater cette générosité abondante et sincère. Introspection inévitable et parfois douloureuse sur la notion de l'accueil, tant dans notre propre esprit que dans nos sociétés et pays.

Empreinte d'actualité

Le pays est tout aussi passionnant en terme de géopolitique.

Pakistan, au carrefour de grandes puissances (Chine, Inde et Iran), dispose d'une situation stratégique hors pair.

Dès 1979, le pays bénéficie de l'aide américaine pour contrer l'invasion russe de l'Afghanistan. Cette perfusion économique américaine s'est d'autant plus renforcée en 2001 après le 11 septembre, avec le ralliement du Président, le Général Pervez Musharraf, à la lutte contre le terrorisme international. Ce rapprochement entre "Mush" et Bush permet au Pakistan de soutenir son économie à coup de milliards de dollars.

La politique pakistanaise souffre, néanmois, de grandes contradictions. D'un côté, le Pakistan profite d'importants soutiens financiers de la part des Américains pour lutter contre le terrorisme. Ce combat contre le terrorisme constitue même l'une des principales sources de devises du pays. Précisons que de nombreux islamistes fanatiques se réfugient dans les zones tribales et le long de la frontière afghane. De l'autre côté, le Pakistan ne peut éradiquer totalement le terrorisme au risque de voir sa principale source de devises se tarir. D'où le double jeu dangereux du gouvernement de Musharraf : lutter contre le terrorisme tout en participant à son maintien pour assurer l'afflux continu de devises. Combien de temps cette ambivalence politique peut-elle durer? L'avenir proche nous le dira.

Les barbus du Rêve vous saluent

fixnono

 

En réponse aux Questions posées par les écoles dans le forum

Nous avons répondu, dans le forum, à un certain nombre de questions posées par les écoles partenaires françaises. Les images ci-dessous illustrent nos réponses.

 

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