OUZBEKISTAN

   
   
 

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Avertissement :
Nous attirons votre attention sur le caractère très personnel de ces carnets de voyage.
En aucun cas, ces récits n’engagent les partenaires et sponsors du projet « Des Rêves plein le Monde ».
Ces carnets de voyage sont rédigés simplemement dans l’optique de donner quelques nouvelles à notre entourage.
Vous y trouverez nos joies et "galères", nos impressions et ressentiments sur la Route des Rêves. Rien de plus.
Impressions de voyageurs enthousiastes et émerveillés, parfois exarcébés, fatigués ou en colère.
Il convient donc de prendre ces récits, comme de simples impressions au fil de la Route, avec tout le recul nécessaire qui s’impose.

Pour le thème central du projet, à savoir les rêves et projets des enfants et d’adultes, nous vous invitons à consulter la rubrique « Collectionneurs de Rêves ».

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Nous tirons notre révérence à l'Afghanistan apparemment au bon moment, juste avant que l'on commence "à nous tirer dessus". Magnifique et respectueuse révérence...non sans une certaine amertume de quitter cette contrée d'une fascination étonnante.

Pays du checkpoint

ouzbekistanArnaud prend alors la tête de la Caravane des Rêves pour traverser le fameux pont séparant l'Afghanistan à l'Ouzbékistan...10 mètres avant la fin, un douanier se réveille de sa torpeur qui le torpille depuis de longues heures...premier checkpoint. D'évidence, les douaniers semblent ahuris de voir des touristes...20 mètres plus loin, deuxième contrôle avec passage des motos dans un bac pour désinfection... 20 mètres plus loin, "bis repetita", recontrôle..."Welcome au pays du checkpoint, vous êtes en Ouzbékistan".

Nous arrivons, profil bas, devant une flopée de militaires-douaniers...Tous émoustillés, ils sentent que la fin de leurs longues heures de monotonie approche. Une joyeuse distraction...deux touristes à moto..."Un régal en perspective" doivent-ils penser. Quelle belle aubaine de casser leur routine!

Le premier commence à contrôler nos passeports et visas...Comptez 10 bonnes minutes pour chaque ligne de chaque page de chaque passeport. Mais le chef du sous-chef du super-chef veut participer à cette récréation...Rajoutez-y de nouveau 5 bonnes minutes pour chaque ligne de chaque....etc.

Le second douanier nous demande de remplir un formulaire en deux exemplaires recto verso libellé seulement en ouzbek. Ce deuxième contrôle n'est, bien entendu, pas simultané au premier contrôle...Monotâches, les douaniers le sont ....une tâche après l'autre.

ouzbekistanEnfin, vient le moment le plus délicieux que tout ce petit monde attendait...La fouille..."A poil...à poil les sacs". 6 personnes autour d'Arnaud, oui 6 personnes...Un pour ouvrir, l'autre pour contrôler, l'autre pour contrôler ce qui a été ouvert, l'autre pour regarder ce qui a été contrôlé...et les autres pour regarder ce qu'il y a à ouvrir et à découvrir. Déballage minutieux de chaque paquet, chaque boite...La caisse à outils, les vêtements, le sac de couchage, le matériel photos....tout y passe. Contrôle même de l'ordinateur, de nos CD de sauvegarde de photos...Les photos " Ou cette photo a été prise? En Asie du Sud Est..."Ou en Asie du Sud Est?"..."Au Vietnam"…"Ou au Vietnam?"...."Et d'ou vient cette photo? Dans quel pays est-ce?" etc... Les bandes sonores de notre Mini-Disc subissent le même sort. Interminable...Nous participons à leur distraction de la journée ou du mois, voire même de l'année.

Pendant ce temps-là, Fix attend son tour, en tuant le temps à compter les minutes perdues et à perdre les minutes comptées, tout en observant le brassage d'air ahurissant des douaniers. Patience, mère des vertus....certes...mais leur brassage nous pompe sérieusement l'air.

ouzbekistanEt vient alors le summum du contrôle...les médicaments...Le douanier, perplexe devant la boite de Smecta, déchire un sachet...Et la, quelle n'est pas sa surprise!! "De la poudre blanche". "Les gars, je vous tiens avec cette héroïne" doit-il saliver. Il se précipite alors dans son bureau pour faire un test chimique anti-drogue...Négatif...négatif...la couleur vire au marron...Déçu, il voit alors s'envoler sa récompense...

Bref...3 heures d'attente, 3 heures harassantes et interminables.

Les voiles se dévoilent

ouzbekistanCe poste frontière aura néanmoins le mérite de réveiller une vieille réminiscence, tombée dans le puits de l'oubli depuis plus de deux mois...la beauté féminine...Oui la beauté féminine...Après le Cachemire indien, le Pakistan et l'Afghanistan, l'Ouzbékistan nous rappelle l'existence des femmes et de leur visage...Les voiles s'affalent et les visages se dévoilent enfin. Tchador, tchadri, burka...s'évanouissent dans nos souvenirs pour laisser apparaître la grâce féminine.

La responsable de cette délicieuse remontée de souvenirs...une douanière d'origine russe, sincèrement vilaine et repoussante avec son masque d'aigreur. Néanmoins, sa chevelure, certes banale mais tout de même dévoilée, resplendit de beauté à nos yeux. Enfin un visage dévoilé, des cheveux flottant au gré du vent...Petit plaisir aussi absurde que simple.

Tashkent - Cap au Nord Est

Il est temps de lever le camp de cette frontière. Près de 1 000 km nous séparent de Tashkent la capitale. Le temps presse, nous devons tracer vers la capitale pour faire au plus vite nos demandes de visas du Turkménistan et de l'Iran afin d'assurer, dans les délais, notre retour vers la France.

ouzbekistanEn chemin, les paysages sont d'une beauté certaine sans pour autant rivaliser avec les paysages afghans. La route est balayée par un vent latéral puissant, nous obligeant à rouler à 10 degrés d'inclinaison pour contrer ces violentes rafales qui peuvent nous emporter vers le fossé d'un coup de vent.

Le vent se calme, mais un autre phénomène s'abat sur nous...Une incroyable pluie de sauterelles volantes. Des dizaines de milliers....Cadence ralentie et casque baissé...nous assistons au massacre en direct de notre visière. Les insectes rebondissent pour les plus chanceux ou s'écrasent pour les plus malchanceux sur notre moto, casque et moteur. Réellement impressionnant...

Autre piment sur la route...nous manquons de nous faire mordre par un chien hargneux et enragé au détour d'une longue courbe tournoyante. Sans compter les zigzags que nous devons faire pour éviter les titubations d'un piéton au milieu de la route, apparemment ivre de bonheur imbibé et noyé à la vodka.

Les nombreuxsamarkand checkpoints nous ralentissent sensiblement. Comme le "Petit Poucet", le dictateur de l'Ouzbékistan, Karimov, (avec autocensure, nous devrions dire le Président de l'Ouzbékistan démocratique et avec liberté d'expression... comprenez une belle "démocrature" post-soviétique), a semé des postes de contrôle sur toutes les routes du pays...pour mieux prévenir les tentatives de soulèvement et asseoir sa puissance de contrôle.

3 jours après notre passage de frontières, nous entrons enfin aux portes de Tashkent. De nouveau, un autre "contrôle du Petit Poucet"...La situation se corse...Les policiers nous refusent l'accès de la ville....l'argument invoqué...les motos étant apparemment interdites sur les grands axes de la ville. Ils nous proposent de laisser nos motos à la périphérie de la ville, et de prendre un taxi...."Rêve toujours, hors de question de quitter nos montures". Une heure de négociation est nécessaire...Le policier nous parle d'une hypothétique escorte susceptible de nous accompagner dans le centre de la ville....On attend, on attend de nouveau...l'escorte imaginaire...Rien à l'horizon. Entre temps, les policiers ont changé de quart...Nouveaux policiers, nouvelles explications, nouvelle attente...Notre patience commence sensiblement à s'effriter...On décide alors de faire un coup de bluff..."L'escorte ne venant pas, il est hors de question de se séparer de nos motos, alors on s'en va". Avec un aplomb et une assurance infaillible, ouzbekistanon enfourche nos motos, mettons nos casques et "on se tire la malle" devant les policiers ébahis. L'un deux tente de nous retenir, mais notre détermination est trop grande pour lui obéir...Délicieuse désobéissance civile..."On se casse" en éclatant jovialement de rires comme des gosses sous nos casques. La pénombre tombant, on se dissimule derrière les camions en traçant plein gaz vers notre hôtel.

Parcours du combattant et sueur froide

A Tashkent, le parcours du combattant commence entre les ambassades iraniennes et turkmènes pour obtenir rapidement les visas respectifs. Lancement des procédures en prévoyant au jour près notre entrée dans chaque pays. Mais un évènement vient chambouler tous nos plans...Fix perd malencontreusement son passeport dans des circonstances assez mystérieuses....plus précisément dans un taxi mis à notre disposition toute la matinée. Seulement 4 km de trajet dans le taxi, et le passeport s'envole...On retourne la voiture dans tous les sens, on questionne le chauffeur. Fix se désole et s'auto-flagelle violemment...Cette petite erreur peut nous coûter plus d'un mois de voyage....le temps de refaire le visa ouzbek, de relancer les formalités iraniennes et turkmènes sans compter l'obtention d'un nouveau passeport. Bref...le bad karma pour une fois...On commence à penser au plan B, aux autres options de retour...Kazakstan, Azerbaïdjan via Mer Caspienne, Géorgie...

Mais, notre sueur froide ne dure que le temps d'une après-midi...Notre fidèle allié, alias notre good karma, revient au galop. Coup de fil de l'Ambassade de France...Passeport retrouvé dans un marché dans lequel on n'a jamais mis les pieds...mais une récompense (en d'autres termes, un backshih de chantage) est demandé par un inconnu. Finalement, le consul de l'ambassade intercède en notre faveur en contestant cette récompense et son motif. Autre coup malchance...Fix perd une nouvelle fois sa tête en perdant la tente qui se détache de ses bagages en pleine vitesse sur l'autoroute....Notre fameuse maison de toile...envolée sur une 4 voies...Loi des séries?...Nouvelle auto-flagellation...Contraint de prendre l'autoroute à contresens pour tenter de la retrouver...Et nouvelle fois, good karma, nous retrouvons sans problème notre toit pour l'Europe.

Rencontres et politique

Nous sommes donc contraints de rester une semaine à Tashkent pour l'obtention de nos visas. Nous profitons de cette attente prolongée pour rencontrer nos contacts...Mais, pour l'une des premières fois du projet, de nombreuses déconvenues nous font face...Nos premières rencontres sont très pessimistes et sceptiques sur l'objet de notre quête en Ouzbékistan. Au gré des discussions avec des locaux souhaitant garder l'anonymat, l'Ouzbékistan ne semble pas être un pays de rêveurs actifs...Au premier abord, nous refusons de le croire...Plus tard, d'autres entretiens semblent tristement confirmer ce constat.

bukharaPlus précisément, les rêves existent bien sûr, mais la réalisation de ces rêves et projets personnels semblent relever de l'utopie, voire même de l'impossible. Les rêveurs audacieux et acteurs de projets semblent être muselés. La réalisation de rêves semble être l'apanage de quelques privilégiés, comme les filles du président Karimov, seules personnes habilitées et autorisées à réaliser leurs rêves les plus extravagants.

Aucune initiative privée n'est autorisée sans l'aval du pouvoir. Et l'accord du pouvoir n'est, bien entendu, accordé qu'aux projets favorables au dictateur et à ses idées.

En témoignent deux festivals de musique subitement arrêtés pour des motifs fallacieux (la chaleur entre autres...). Nous avons cherché à interviewer les fondateurs de ses deux festivals. Ils ont refusé de nous recevoir.

Pourquoi ce refus? Pourquoi cette réticence à communiquer? Pour quelle raison avons-nous tant peiné à rencontrer des personnes engagées, passionnées, et porteurs de projets audacieux?

Réponse...le Petit Poucet, toujours le même....Après avoir semé des checkpoints au gré des routes....il sème d'autres graines aussi perfides que destructrices...de belles barrières intellectuelles à la liberté d'entreprendre...D'ou notre difficulté à trouver des initiatives individuelles.

Barrières intellectuelles également à la liberté d'expression. La presse indépendante se voit rattrapée par la censure...Les menaces pesant sur les journaux incitent les journalistes à s'autocensurer.

Nous nous sommes également autocensurés dans nos interviews auprès des enfants....de peur de compromettre certains contacts.

Restriction des libertés plus qu'évidente et fortement regrettable. Et l'avenir des colombes de la liberté semble malheureusement s'assombrir.

En témoignent les récents évènements d'Andijan (Mai 2005), durement réprimés par le gouvernement. Apparemment entre 500 et 1000 morts lors d'une manifestation pacifiste selon le CICR (Comité International de la Croix Rouge). Les ONG (Organisations Non Gouvernementales) et journalistes ont été interdits d'enquêter.

Depuis ces évènements, l'état resserre son étau répressif et le pays se replie encore plus sur lui-même. L'étranger effraie, inquiète... A tel point que les ONG se voient contraintes de fermer leurs antennes, les journalistes occidentaux, "gentiment" remerciés et contraints de quitter le territoire, les militaires américains purement expulsés du territoire. Le gouvernement accuse les occidentaux de mener un complot médiatique contre l'Ouzbékistan.

Bref...triste manoeuvre d'un dictateur avide de maintenir son pouvoir sur le pays

ouzbekistanouzbekistanRoute de la Soie et Route du Soleil couchant

Yes…après de longues journées d’attente, les visas iraniens et turkmènes sont obtenus. On met les voiles plein Ouest avec un zest d’excitation assurément électrique. Enfin, la route du retour s'entrouvre sans limites. Paris et son parfum se font déjà sentir dans notre imaginaire. La tour Eiffel et son faisceau lumineux, la beauté des couchers de soleil vont désormais nous servir de guide.

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Mais cette route du Soleil Couchant ne saurait nous faire oublier l’extrême privilège de rouler sur la mythique Route de la Soie. Chanceux que nous sommes. Samarkand, Boukhara…autant de villes magiques qui depuis longtemps bercent notre imaginaire de rêveurs. Une nouvelle fois, notre esprit s’envole, ricoche et divague joyeusement sur ces pistes chargées de conquête et d’histoire. ouzbekistanFlash back au 13ème siècle. Au détour de « notre rêverie de promeneurs solitaires », nous croisons les caravanes richement chargées, nous saluons d’un sourire respectueux les frères Polo, nous craignons autant le glaive de Tamerlan que ceux des  brigands…Les caravansérails nous servent d’étape. Nous y échangeons avec délectation nos souvenirs de route en compagnie de quelques voyageurs de grand chemin. Les élégantes « medressas » ou mosquées nous illuminent de beauté…La calligraphie arabe danse sensuellement sous nos yeux et les mosaïques brillent de mille couleurs chatoyantes…
Retour à la réalité…Légèrement différente…les caravanes et les chameaux sont remplacées par des caravanes de voitures et de camion. Tamerlan et son glaive trône au centre d’une place, tout de bronze vêtu, l’élégance des medressas nous impressionne toujours autant.

Malgré nos quelques mésaventures, notre halte ouzbèke nous laisse un savoureux souvenir dans nos mémoires de doux rêveurs.

 

 

 

 

 

Les "champions du monde" (seulement dans nos rêves) vous saluent.