
16 Juin 2006
Avertissement :
Nous attirons votre attention sur le caractère très personnel de ces carnets de voyage.
En aucun cas, ces récits n’engagent les partenaires et sponsors du projet « Des Rêves plein le Monde ».
Ces carnets de voyage sont rédigés simplemement dans l’optique de donner quelques nouvelles à notre entourage.
Vous y trouverez nos joies et "galères", nos impressions et ressentiments sur la Route des Rêves. Rien de plus.
Impressions de voyageurs enthousiastes et émerveillés, parfois exarcébés, fatigués ou en colère.
Il convient donc de prendre ces récits, comme de simples impressions au fil de la Route, avec tout le recul nécessaire qui s’impose.
Pour le thème central du projet, à savoir les rêves et projets des enfants et d’adultes, nous vous invitons à consulter la rubrique « Collectionneurs de Rêves
Une page se tourne et les portes de l’Asie Centrale se referment juste derrière nous. Le douanier iranien nous souhaite alors la bienvenue avec un large sourire. Sa tête, joviale et sympathique, est de bon augure pour le passage de la frontière.
Le jeu des formalités douanières recommence, avec contrôle de nos passeports, de nos Carnets de Passage en Douanes (CPD)…Fix appréhende de nouveau le passage de la frontière avec son CPD erroné…Par chance, le douanier est un fervent adepte du « moindre effort pour le maximum de repos » et ne contrôle pas les numéros de moteur. Apparemment, seuls les CPD lui suffisent.
Peut-être aussi nos bonnes vieilles mines de barbus lui inspirent-elles confiance. Qui sait ?
Dans certains pays, la barbe est sûrement un aussi bon laissez-passer que nos papiers officiels…Une poignée de longs poils en guise de sésame. Cette barbe, qu’on laisse pousser au gré du vent depuis plusieurs mois, qui se nourrit et s’étoffe à coup de poussière du monde…oui, cette barbe permettant de nous glisser un peu plus dans le paysage local (notamment depuis le Cachemire Indien). Les pakistanais et les afghans semblaient apprécier notre mimétisme local. En revanche, nos barbes semblaient surprendre les Turkmènes musulmans…Il est vrai que le Président Niazov a interdit, par décret, aux jeunes hommes du pays d’avoir les cheveux longs ou la barbe.
Nous voilà enfin en Iran, cœur de l’ancien empire Perse qui s’étendait jadis de la Turquie jusqu’au Pakistan. Chargée de mystères et de grandes conquêtes, cette contrée nous fascine par sa culture, son riche passé et aussi son aura légendaire.
Le pays semble avoir conquis le cœur de nombreuses personnes. La communauté de voyageurs rencontrée au fil de la route semble unanime. Nous ne comptons plus les propos dithyrambiques et enthousiastes sur l’Iran et son peuple.
Parait-il, l’Iran bouleverse, impressionne, subjugue, séduit et envoûte tout visiteur de passage. Pourtant, vue de l’extérieur, l’Iran semble souffrir d’un déficit d’image et effraye, inquiète…Mythe ou réalité ? A nous de vérifier de visu.
Une nouvelle fois, nous devons changer nos référentiels et habitudes, toujours avec le même plaisir.
Changement géographique, tout d’abord. L’Asie Centrale s’efface et le Moyen Orient s’ouvre enfin à nous.
Ce passage de frontière, est sans aucun doute, une belle avancée vers notre point d’arrivée. Les portes de l’Europe se rapprochent à grands pas. Il reste à traverser l’Iran et la Turquie, avant d’arriver en Grèce.
Changement culturel aussi. Le contraste est saisissant.
Avec le choc de cultures entre l’Afghanistan et l’Ouzbékistan, voici un second choc, tout aussi évident que contrasté.
En Ouzbékistan et Turkménistan, les voiles des femmes sont tombés, laissant éclore la beauté féminine…Ici, en terre persane, les femmes se voilent de nouveau, de la tête au pied en cachant leur grâce. Les « filles légèrement vêtues » du Turkménistan disparaissent et laissent donc place aux « femmes légèrement visibles » sous leurs hijabs, leur long voile noir.
Changement au niveau de la conduite…Les pistes et autres routes défoncées semblent appartenir désormais au passé.
De longues routes et autoroutes apparaissent et nos dos, endoloris par près de 17 000 km de routes déplorables, s’en réjouissent. Les routes changent, la vitesse aussi, inévitablement.
Notre manière de conduire doit, en conséquence changer. De notre moyenne de 40 km/h sur les routes chaotiques d’Asie, nous devons dorénavant accélérer à 80 km/h minimum pour suivre le flot des voitures roulant vite, bien vite. Or, nos petites cylindrées (125cc) dépassent difficilement les 70-80 km/h, voire moins avec nos 40kg de bagages, chacun.
C’est dans cet environnement, que nous rêvons d’avoir des motos plus puissantes. Dans ce type de conduite, une grosse cylindrée aurait été plus appropriée et nettement plus sûre en termes de sécurité.
Nous mettons le cap vers l’une des villes saintes du pays, Mashad.
L’arrivée aux portes de cette ville (plus d’un million d’habitants) s’avère vraiment dangereuse. L’explication, la conjonction de trois éléments : les belles routes bitumées, les mauvais conducteurs et la nuit.
Le danger sur les routes iraniennes est, sans aucun doute, la vitesse.
En Thaïlande, le trafic est tout aussi intense, mais les thaïs conduisent relativement prudemment…En Inde, les indiens conduisent dangereusement, mais plutôt lentement à cause de la densité du trafic.
Ici, en Iran, vous avez les mauvais réflexes d’un conducteur indien ou vietnamien avec la vitesse d’un européen, sans compter les fameuses voitures produites sur le territoire national, (les « Paykan »), voitures polluantes et branlantes, prêtes à rendre l’âme…La conduite s’en trouve plus risquée. Nous voilà donc obligés de nous battre, de nouveau, dans la jungle urbaine à coup de klaxons, pour éviter le lift au bitume, ou le masque au platane.
En somme, les Iraniens rejoignent l’Inde et le Vietnam dans le club des TMC (Très mauvais conducteurs).
Malgré les nombreux kilomètres parcourus, malgré les multiples accidents évités, la peur de l’accident nous glace toujours autant, encore plus sur des voies à grande vitesse.
Sur une des autoroutes menant au centre de la ville, Fix manque de se faire percuter par une voiture qui tourne violemment sur la bretelle de droite. Freinage d’urgence et crissement de pneus…les tôles se frôlent de justesse. Frayeur glaciale qui aurait pu être bien punitive…
Arrivés à bon port dans le centre ville, nous tentons de trouver un hôtel, pas si facile avec tous les nombreux pèlerins qui débarquent des quatre coins du pays.
Mashad, l’une des deux villes saintes d’Iran avec Qom, a le privilège d’abriter une mosquée époustouflante, la mosquée Azim-e-Godar Shad datant du XVème siècle abritant le mausolée de l’imam Rezâ, huitième imam des chiites et descendant du Prophète....Vraiment, le terme n’est pas trop fort pour décrire la grandeur et la beauté de ce monument…Réellement impressionnant…
Nous voilà en pleine immersion dans ce lieu de culte chiite, un peu surpris, avouons-le, d’être rentrés aussi facilement sans nous faire refouler. Véritable labyrinthe géant, nous ne cessons de découvrir d’autres ailes, d’autres pièces au sein de la mosquée...Salles aux mille miroirs, salles aux mosaïques, splendides calligraphies, alcôves, esplanades gigantesques, deux immenses minarets, sans compter un dôme d’un bleu magnifique et un portail en or…
Un sorte de Mecque, version iranienne, pouvant accueillir aisément plusieurs dizaines de milliers de pèlerins.
L’atmosphère est pieuse et l’endroit mérite la visite….Jeunes enfants, hommes, femmes, vieillards à la barbe blanche ou rousse…Une dévotion incroyable y règne, mêlée de psalmodies envoûtantes.
Un lieu de prière et de recueillement, certes…mais aussi un lieu de vie et de rencontres
Nous restons plus d’une heure, accroupis dans un coin, à observer silencieusement le flot de pèlerins. Un ballet de « tronches », de barbes, et autres muftis ou religieux élégamment drapés dans leur costume traditionnel. Mais aussi des familles entières venues se détendre à la mosquée, se reposer de la chaleur de la journée…
Après deux jours à Mashad, nous levons le camp vers Tabas, charmante oasis perdue et noyée entre deux mers de sable (le Dasht-e-Lut et Dasht-e-Kavir). Une longue, très longue journée à naviguer en plein désert sous une chaleur accablante, sur des routes infinies se perdant dans les lignes de l’horizon.
Record battu une nouvelle fois, nous réalisons une navigation de plus de 600 Km à travers un désert changeant continuellement de physionomie…Du sable, de la rocaille, des montagnes... Le désert, à perte de vue, change également de couleur, en fonction des heures de la journée. Jaune le matin, blanc au zénith et rouge en fin d’après-midi. Pendant les longues heures de traversée du désert, notre esprit s’envole, propice au vagabondage mental. Fix se rappelle, lors d’une méharée dans le désert du Thar en Mauritanie, un proverbe d’un chamelier : « Dieu a crée un pays plein d’eau pour que les hommes puissent vivre et un pays sans eau pour que les hommes aient soif ; et il a créé un désert : un pays avec et sans eau pour que les hommes trouvent leur âme ». Terre d’élévation spirituelle, le désert inspire immanquablement les divagations de notre âme.
Nous arrivons à Tabas une heure après le coucher du soleil, littéralement épuisés et affamés après plus de 12 heures de conduite…Juste quelques biscuits en guise de déjeuner. En entrant dans cette oasis, nous devenons l’attraction du quartier. Pas moins d’une cinquantaine de personnes nous entoure, surtout de jeunes iraniens, tous aussi souriants et accueillants les uns que les autres. Agréable bain de foule.
Dîner rapidement avalé, nous cherchons un endroit pour planter notre tente…Un groupe de jeunes nous indique un jardin public…Première hésitation…nous avons l’étrange sensation de planter notre tente en plein cœur du Jardin du Luxembourg…Mais nos nouveaux amis nous rassurent : « Pas de problème, vous pouvez dormir tranquillement en toute sécurité ».
Trop fatigués pour réfléchir, on s’exécute…nous plantons la tente dans un décor onirique, une sorte de jardin d’Eden, directement sorti des Contes des mille et une nuits…Palmiers et fleurs, charmants bassins, cascades et fontaine d’eau…un véritable parfum de paradis oriental.
Le lendemain aux aurores, notre tente trône toujours en plein milieu du Paradis…Des policiers nous réveillent, non pas pour nous sermonner, mais plutôt pour discuter simplement. On ouvre un œil, puis l’autre et nous nous retrouvons rapidement avec une famille entière nous questionnant de toute part, nous offrant fruits et porte-bonheurs…Des rencontres simples, comme on les aime.
Nous reprenons la route vers le Sud-Ouest…Une fois de plus, de longues zones arides sont à traverser en plein cœur du désert.
La route est l’occasion de découvrir une nouvelle façon de rajeunir.
Après le Vietnam et notre crainte d’être liftés au bitume...après le Laos et le plaisir de nous lifter au sourire...Voici l'Iran et son lift aux 36 tonnes.

Vous...sur la moto... en Iran dans une région désertique entre Tabas et Yasd...dévalant, à pleine puissance, une longue ligne droite d'une vingtaine de kilomètres, parfaitement rectiligne. Au loin...un point noir flottant dans les mirages miroitants du désert. Le point noir se rapproche...se forme et se transforme en ORNI (Objet Roulant Non Identifié)...Vous distinguez encore difficilement la taille du véhicule...Vous continuez votre route....Vous plissez les yeux...Se distingue alors un camion...vous plissez de nouveau les yeux..."Oui, c'est cela, un gros camion".
Vous ne vous inquiétez pas....Des camions....vous en avez vu des "tonnes" en Inde, au Pakistan, au Népal, au Vietnam...Des petits, des gros, des chargés, des bancals à 3 pattes, des cambrés, des déséquilibrés, des insolents, des omnipotents, des tyrans, et même des cercueils ambulants...Vous avez, maintes fois, croisé leur chemin venteux....vous connaissez la claque d'air que chaque camion vous inflige...vous connaissez, à chaque croisement, "la bouffée d'air qu’il vous inspire".
Le camion se rapproche à vive allure...Vous pouvez désormais voir sa hauteur, sa couleur et estimer sa vitesse...Rapide le bougre.
Vous roulez en vous préparant à une petite perturbation habituelle...200 mètres....100 mètres... En guise d’anticipation, vos doigts sous les gants se crispent légèrement sous le guidon...et vos dents se resserrent. 50 mètres...Vous constatez que le bougre avance, vite, bien vite, avec son engin de fortune...Vous vous accrochez doublement au guidon...Votre concentration s’aiguise et vous resserrez d’autant plus l’emprise sur votre fidèle compagne de route, la moto.
Impact, dans 5 secondes, 4, 3 2 1....Maintenant…
Survient alors une déferlante d'air qui se déverse violemment sur vous...Imaginez un karcher d'air à pleine pression devant votre visage...Le casque se cambre en arrière en hérissant vos cheveux, la bouche s'entrouvre sous la folle pression, vos rides s'estompent le temps d’une seconde, votre peau s'étire élastiquement derrière les oreilles....Vous vous harnachez à la barre de votre guidon de peur de vous faire emporter par ce violent souffle d'air...vous tenez, comme un bon vieux marin, la barre pour maintenir le cap....Puis, tel un passage de tornade, tout retombe...Juste le bruit lointain d’un camion s'éloignant comme une plume de plomb volante....VRRRRrrrroummmm. Votre peau flétrie revient alors devant vos oreilles, vos rides se remettent en ligne en reprenant leurs formes insidieuses et assassines, votre bouche se referme en lâchant, en guise de soulagement, un cri endiablé.
Voilà notre quotidien sur les routes iraniennes. Véritable cure de jouvence, ces rencontres venteuses nous rajeunissent le temps d'une seconde. Considérons une telle cure de jouvence tous les 2 Km et notre arrivée en France s'annonce des plus rajeunissantes.
Les routiers iraniens, responsables de notre rajeunissement ? Pourquoi pas ?
Nos nombreuses pauses rythment nos longues journées de route…Une halte tous les 100 km environ…C’est, à chaque fois, l’occasion de trouver des lieux insolites ou des endroits à la vue imprenable.
C’est, notamment, lors d’une pause que l’on croise le chemin de ces fameux routiers, dans une toute petite mosquée, au bord du désert.
L’un s’affère à préparer le thé pour étancher sa soif, l’autre, la cuisine pour étancher sa faim, …et le dernier, sa pipe d’opium pour étancher son ennui.
Accueillants, les iraniens le sont assurément. Ils nous offrent du thé, puis des gâteaux et enfin nous proposent l’opium en dessert…Après avoir accepté le thé, les gâteaux, on refuse l’opium…préférant le paradis terrestre au paradis artificiel. Le routier, aux yeux éclatés, assure que nous arriverons, d’une seule traite, à Istanbul, voire même à Paris, en fumant son opium TGV.
Peu rassurant de voir ces routiers se défoncer à l’opium afghan et de savoir qu’en croisant leur route, on peut se faire autant lifter la face à l’air qu’à la tôle ondulée.
« Inch’ Allah » comme disent nos amis musulmans, la route continue en remettant nos destins entre les mains du Destin. Une sorte de fatalisme et une confiance dans notre bonne étoile, qui ne nous exemptent pas de maintenir en éveil notre prudence.
Une nouvelle fois, nous réalisons notre chance de pérégriner sur la mythique Route de la Soie et ses nombreuses ramifications…En témoignent les quelques caravansérails, jalonnés au bord des routes, avec leur architecture à la fois simple et somptueuse. L’atmosphère qui y règne est particulière et épique. Cette atmosphère nous laisse songeur sur cette époque faste, durant laquelle les villes marchandes comme Yasd prospéraient, où de riches étoffes, épices, pierres précieuses et autres tapis s’échangeaient entre marchands voyageurs de diverses contrées.
« Les portes du caravansérail qui s’ouvrent devant nous, puis se referment, quand nous sommes passés : tout cela, vaguement aperçu, comme en rêve…Et ensuite, plus rien, le repos dans l’inconscience… », selon la plume de Pierre Loti.
Une nouvelle fois, Marco Polo, ayant pérégriné sur cette Route, à la fin du XIIIème siècle, nous accompagne durant nos longues heures de rêverie. Peut-être s’est-il reposé dans ce caravansérail, le temps de quelques jours ?
Après 500 km parcourus, soit l’équivalent de 250 claques d’air rajeunissantes, la ville de Yasd s’aperçoit au lointain, baignée de la douce lumière d’un coucher de soleil.
Aux portes du désert et de la ville, nous apercevons les ruines d’anciens complexes funéraires indiquant la présence des derniers zoroastriens d’Iran. Véritables gardiens des traditions d’une antique religion, les zoroastriens entretiennent un feu qui, aujourd’hui encore, brûle sans discontinuer depuis 1 500 ans. Tradition assez fascinante et mystérieuse…
Sur la route, nous distinguons, aussi, les fameuses « tours du silence ». Ces grands anneaux de briques, hauts de cinq mètres, accueillant le voyageur dans une sinistre solennité…Jadis, seuls pouvaient y entrer les prêtres qui devaient déposer les dépouilles des défunts sur des cercles concentriques de pierre. Quand les vautours avaient dévoré les chairs, ils ramassaient les os pour les jeter dans une fosse située au centre des tours. Pratiques étonnantes, voire dérangeantes, mais qui reflètent le rapport particulier qu’entretient la philosophie zoroastrienne avec les morts réputés comme impurs. La terre et l’air étant sacrés dans les traditions, les zoroastriens refusent d’enterrer ou d’incinérer leurs défunts de peur de polluer le sol ou l’atmosphère. Ces pratiques funéraires ne sont désormais plus pratiquées depuis près de 30 ans, les zoroastriens contemporains enterrant leurs morts dans des cimetières généralement situés au pied des tours de silence. Les cercueils sont, cependant, en béton pour éviter de contaminer la terre.
Mais la cité de Yasd n’est pas seulement connue pour être le pôle de la communauté zoroastrienne en Iran. La ville recèle aussi de splendides joyaux d’architecture, notamment ses élégantes mosquées et sa vieille ville. La cité se targue d’être considérée par l’Unesco comme l’une des plus anciennes villes du monde encore habitées.
Dédale de ruelles, maisons au toit plat et construites à base de boue séchée et de briques, atmosphère calme et tranquille…Yasd nous séduit. Lors d’une promenade dans la vieille ville, nous découvrons un ingénieux système d’aération…les fameux bâd-girs, littéralement « les tours du vent » qui hérissent leurs meurtrières pour capter le moindre souffle éolien et aérer les demeures par un air rafraîchi. En somme, de vraies climatisations naturelles et écologiques.

Une autre cité mérite qu’on s’y attarde…la mythique Ispahan, ancienne capitale des shahs. Cette ville évoque, sans aucun doute, la grandeur de l’empire Perse…Ses mosquées aux lignes parfaites, ses ponts au romantisme vénitien surplombant la rivière Zayandeh, témoignent du raffinement et de la splendeur de l’architecture perse et font, de Ispahan, tout naturellement l’un des joyaux du pays.
A la grandeur architecturale de l’Iran, peut être comparée la grandeur d’âme des Iraniens…
Le parallélisme n’est pas trop osé…bien au contraire, il se justifie.
L’hospitalité iranienne est à l’image de ces mosquées, à la fois raffinées et impressionnantes...Nous avons été prévenus.
L'Iran et son peuple brisent ainsi magnifiquement les idées reçues. En effet, la Caravane des Rêves a été témoin de deux grands fossés.
Le premier fossé concerne la réalité du pays, de son peuple et l’image de l’Iran, à l’étranger.
Certes, l'image du pays est tristement ternie par la politique ultraconservatrice et agressive du nouveau gouvernement de Mamhoud Ahmadijenad, élu en Juin 2005. Le Président a déjà appelé à rayer Israël, l’Etat Hébreu, de la carte du monde. Ses déclarations provocatrices sont même devenues négationnistes, lorsque Téhéran a considéré l’Holocauste et ses 6 millions de morts comme un « mythe ».
Néanmoins, limiter l'âme d'un pays à la politique de ses quelques "fous dirigeants" serait extrêmement réducteur. L'amalgame est, en réalité, trop facile.
Indéniablement, l'âme du peuple iranien mérite sincèrement le détour : intelligents et raffinés, affables et serviables, les Iraniens ont su nous démontrer, brillamment, leur noblesse d'esprit et de cœur. Au détour d’une rencontre…ou encore, au hasard de la route, le peuple iranien s’est révélé simple et chaleureux.
Le second fossé, dont nous avons été témoins, est celui qui sépare le gouvernement de son peuple. Nombreux sont les iraniens qui ne cautionnent pas les thèses violentes et provocantes de leur Président. Le gouvernement iranien, avec ses discours haineux et antisémites, est clairement dangereux. Selon les Américains, l’Iran est considéré comme un pays de « l’axe du mal ». Cependant, il convient de ne pas tomber dans la facilité et l’amalgame, en considérant le peuple iranien comme un peuple haineux et violent. Le peuple aspire à vivre en paix, dans un pays plus libre, loin des diktats imposés par le clergé tout puissant. Sachons lire entre les lignes des idées préconçues. L’ignorance est assurément le terreau de l’intolérance.
Alors, Oui, nous osons clamer haut et fort, une nouvelle fois, que le peuple iranien est accueillant et sympathique…et briser, de ce fait, certains clichés d’ignorance.
Néanmoins, pour jouer l’avocat du diable, la sympathie iranienne peut connaître des limites dans la mesure où, elle peut être parfois sans limites….et peut s’avérer, dans certains cas dangereuse, pour notre sécurité. Démonstration…
Imaginez-vous une nouvelle fois, sur une autoroute à 4 voies, pris dans un trafic des plus incroyables, roulant peu rassurés entre deux poids lourds à l’allure rapide. Votre moto semble bien petite face à la hauteur des poids lourds imposants.
Subitement, concentré sur votre conduite en pleine vitesse, vous sursautez de frayeur au son tonitruant de coups de klaxon…Juste à côté de vous, sur la file de droite, des iraniens bien joyeux, fenêtres baissées, vous hèlent avec leur plus beau sourire et tentent à plus de 70 km/h d’entamer une discussion de comptoir sur une autoroute : « Hello! »…« Where do you come from? »… « What is your name? » … « My name is Mustafa, nice to meet you…».
Coincés dans l’ombre de deux géants de 36 tonnes, vous trouvez cette situation bien loufoque, mais légèrement incongrue et inopportune. Esquisse d’un sourire tout en leur montrant que l’endroit pour lier connaissance est légèrement mal choisi…
Ils insistent, en se rapprochant encore plus près de votre moto, croyant que vous n’avez pas bien compris leurs questions. Maintenant, ils vous frôlent et vous crient les mêmes questions en vous tendant la main ou en vous offrant des fruits…Leur conduite, plutôt dangereuse, vous effraie de plus en plus, sans compter le trafic qui rugit devant vos yeux.
Ce type de situation resterait un amusant souvenir s’il ne se répétait pas…Après de multiples rencontres de ce type, aux coups de klaxon effrayants, parfois, vous le reconnaissez…votre patience flanche. Vous éconduisez vos charmants voisins, gênants et collants, en affichant une certaine indifférence ou ignorance.
Indifférence d’autant plus condamnable que leurs gestes d’amitié sont sincères et authentiques…Honte à vous, vraiment, honte à vous…
Mais Arnaud et Fix peuvent vous comprendre, voire même vous pardonner…Et pour illustrer concrètement la noblesse de cœur des iraniens, les conducteurs iraniens vous pardonnent, aussi à leur tour, d’un large sourire.
Après plus de 2 000 km depuis la frontière turkmène, nous atteignons enfin la mégapole de Téhéran. Capitale de 14 millions d’habitants, le trafic est à la hauteur de ce que on imaginait : dense et cacophonique.
L’immense ville s’étendant à perte de vue, nous déplait, à première vue, à cause notamment de sa pollution effarante. L’unique raison de notre passage à Téhéran est la rencontre de rêveurs…Mais nos contacts en Iran sont bien maigres. Nous partons donc en quête de contact auprès de journalistes et de l’Ambassade de France, à Téhéran.
Par l’intermédiaire du service de presse de l’Ambassade, nous rencontrons un sympathique journaliste iranien Mustafa qui nous présente à son tour un comédien de Téhéran…Un certain Abbas, jeune trentenaire, au parcours intéressant. Il pratique le Taziyeh, art théâtral iranien avec paroles en vers et musique traditionnelle.
Pourtant, le personnage ne nous convainc pas. En réalité, il manque un peu d’entrain et de conviction…Il ne semble pas avoir la flamme de la passion animant tous les autres rêveurs déjà interviewés…A vrai dire, ses motivations premières nous surprennent un peu : être célèbre, être admiré et gagner beaucoup d’argent…
Nous poursuivons notre quête. On propose de nous présenter un photographe iranien, un professeur de faculté rêvant de « politique participative » et une femme passionnée d’art…
La fin du voyage (le 20 Juillet 2006 exactement) s’approchant à grand pas, nos jours à Téhéran sont malheureusement comptés. Nous ne pouvons rencontrer toutes ces personnes. Pour l’une des premières fois depuis le voyage, nous décidons d’aller interviewer, une femme, l’artiste rêveuse (cf rêves d’adultes). Il est vrai, le hasard de la route nous a fait rencontrer de nombreux hommes rêveurs, en revanche peu de femmes. N’y voyez aucunement une préférence machiste…
Interviews terminées, nous sommes sur le point de quitter la capitale pour rejoindre, au plus vite, la frontière turque.
Mais la veille de notre départ de la capitale, un incident vient bousculer notre programme.
Nous l’avons déjà précisé…les routes iraniennes nous ont impressionnés, certes.
Nous craignons toujours l’accident de route, l’erreur fatale qui pourrait compromettre subitement le projet, ralentir ou stopper net notre remontée vers la France…C’est pourquoi, notre vigilance se renforce sur la route…A terre, elle se relâche inexorablement.
En témoigne le « saut dans le vide » d’Arnaud, non pas sur la route…mais plutôt dans un magasin de Téhéran.
Juste la veille du départ, Arnaud se charge d’entretenir et de réviser les motos. Pour cela, Arnaud achète, dans un petit magasin du centre, de l’huile pour graisser les chaînes de nos bolides…
Dans le magasin, Arnaud marche, en regardant, tête en l’air, mais loin de l’être, les divers produits disposés en hauteur sur les étalages…quand soudain il tombe subitement dans un trappe au fond du magasin. Chute de 2 mètres dans laquelle Arnaud s’esquinte violemment les côtes sur la rambarde d’un escalier en colimaçon.
Accident aussi stupide qu’imprévisible.
Arnaud, sonné et souffrant, revient à l’hôtel pour prévenir Fix.
A l’annonce de l’accident, Fix s’empresse d’accompagner son coéquipier à l’hôpital. Se joignent à nous les commerçants du magasin où s’est passé l’accident.
Entre temps, Arnaud montre sa belle blessure…Impressionnant, il a tout le flanc droit du torse éraflé et pisse le sang…
Fix voudrait bien faire une petite blague pour décontracter l’ambiance…mais faire rire un blessé aux côtes éventuellement cassées n’est pas des choses les plus hilarantes.
L’heure n’est donc plus à la rigolade. Pour changer cette fois-ci, « Bad karma » pour les doux rêveurs.
Nous rentrons dans l’enceinte de l’hôpital à l’ambiance assurément glauque…Sur la droite, sous le regard d’un policier, un homme menotté, au visage ensanglanté, souffre le martyre dans l’attente d’un médecin…Derrière nous, des sanglots de femmes et de mères se font entendre…Non loin de la salle d’attente, un jeune hurle de toutes ses forces…blessure béante au pied. Dans cet univers de souffrance, les infirmières et docteurs s’affèrent dans tous les sens.
Sincèrement, nous haïssons cette atmosphère, cette odeur d’hôpital. Fix se rappelle de mauvais souvenirs d’enfance, quand il allait voir son père à l’hôpital…Quant à Arnaud, il attend son sort.
Radiographie des côtes…de face, de côté, torse nu. Fracture ? Fêlure ? Hémorragie interne ? Arrêt forcé ?
Attente du diagnostic…Attente aussi pénible qu’inquiétante.
Et là commence une certaine psychose dans nos esprits.
Petit moment de solitude pour Arnaud…il n’ose penser au pire, au verdict fatal qui l’obligerait à s’immobiliser pour un bon mois…Pourtant, il ne reste juste quelques milliers de kilomètres pour rejoindre la France. Il n’ose croire que l’aventure puisse s’arrêter maintenant, ici dans cet hôpital de Téhéran, sur un incident aussi stupide…Vraiment, il n’ose y croire.
Quant à Fix, il ne peut s’empêcher de craindre le pire pour son ami « côtes cassées, un mois d’invalidité, rapatriement d’urgence » et, aussi, pour le projet « arrivée fin juillet en solo sans saveur, plan B… ».
Le moment du verdict est venu…les radios sortent et un médecin les analyse. Quelques secondes de silence….puis le docteur se tourne vers Arnaud avec un air interrogateur.
« D’où venez-vous ? »
« De France » répond Arnaud…
…Un autre moment de silence….et Arnaud craint le verdict fatal et cinglant…
« Ok, vous pouvez y aller. Pas de problème, aucune fracture en vue », dit le médecin.

Soulagé, Arnaud s’empresse de retrouver Fix pour lui annoncer le diagnostic réconfortant.
Finalement…plus de peur que de mal, Arnaud s’en sort sans aucune fracture ni fêlure. Juste une bonne douleur qui doit normalement s’estomper les prochains jours.
Good karma encore une fois. La Caravane des Rêves savoure de nouveau sa bonne étoile.
Nouvelle preuve de la simplicité des iraniens. Les commerçants du magasin se sentent responsables de cet incident. Ils désirent à tout prix payer les frais médicaux. Arnaud refuse….mais cède devant l’insistance des commerçants sympathiques.
Après une nuit de repos, nous partons, comme prévu, le lendemain, mettant le cap vers le Nord-Ouest et la Turquie. Arnaud reprend la route, avec une douleur relativement soutenable. En revanche, interdit de le faire rire…trop douloureux !