Avertissement :
Nous attirons votre attention sur le fait que la majorité des interviews sont réalisées dans les grandes villes, nos principaux contacts étant dans les métropoles et les traducteurs plus faciles à trouver.
Cela permet également d’avoir une démarche cohérente et d’assurer ainsi une comparaison raisonnable entre les différents pays traversés.
Nous ne prétendons pas faire une étude sociologique de la jeunesse du monde. Il s’agit simplement de témoignages d’avenir au fil de la Route des Rêves.
Objectifs :
La collecte des Rêves des enfants du monde est intéressante à plusieurs titres :
- Constater les différences de rêves d’avenir entre les pays traversés et évaluer la dose d’espérance de la jeunesse dans chaque pays
- Sensibiliser le public, à travers l’histoire individuelle d’un rêve, sur la situation plus globale d’un pays
- Sensibiliser les enfants des écoles françaises partenaires, aux rêves et réalités, parfois difficiles, des autres peuples
Remerciements :
Jacqueline Plessis, Directrice adjointe du Centre Culturel Français, Nazira Yusupova, traductrice du CCF, Karyeva Slevatna, directrice d'école
Note préalable :
les comptes rendus des interviews des enfants ont fait l'objet d'autocensure (notamment sur les réponses d'ordre politique) afin de ne pas compromettre les personnes nous ayant aidé. Pour plus de détails sur le contexte de nos interviews, voir le carnet de voyage et notamment le paragraphe "Rencontres et politiques" qui n’engage que nous.
Besoins
Une des écoles rencontrées (école de jeunes ouzbeks apprenant le français) recherche un partenariat avec des écoles françaises. Si vous êtes intéressés pour instaurer des relations étroites, voire des échanges avec une école française ouzbek…veuillez nous contacter.
L'amour des langues...les jeunes ouzbeks semblent le partager. Qu'ils s'appellent Abdul Aziz (14 ans), Zodra et Arthyom (16 ans)..., ils rêvent de maîtriser plusieurs langues pour devenir diplomate. Conscients de la mondialisation, ces jeunes ont la profonde conviction de l'importance des langues dans l'amélioration des relations internationales. Ils estiment que l’apprentissage des langues contribue « à rapprocher les peuples et à instaurer la paix » nous expriment-ils. Précisons que la langue officielle du pays est l’ouzbek, mais que le russe est aussi largement pratiqué dans tout le pays.
Cet amour des langues traduit également une volonté de s’ouvrir sur le monde et de voyager. Certains enfants (Iktsanter, Irahim, Kazim, Deborah…) nous ont exprimé leur soif de découvertes. « On rêve de faire comme vous ...voyager dans différents pays pour découvrir les différentes cultures » Pour la première fois, on rougit…pour la première fois, notre propre rêve fait rêver les enfants interviewés, avides de découvertes.
Quant à la jeune Aida (17 ans), elle rêve de devenir hôtesse de l’air. A Aida d’argumenter son choix « Les femmes ouzbek se marient très tôt, et n’ont donc pas l’opportunité de voyager et de faire du tourisme...Moi, je veux être hôtesse de l’air, car c’est la meilleure façon de voyager ».
A la question « As-tu un rêve pour ton pays ? »…les réponses fusent.
Les jeunes ouzbeks ont beaucoup d’attente pour leur pays. Ils rêvent « d’un pays développé à l’image des pays européens » comme le précise Zodra, 16 ans. Deborah rêve aussi « d’un pays respecté dans le monde entier ».
Mais, selon eux, le pays « doit se développer en gardant ses traditions, ses us et coutumes ». A travers les interviews, les jeunes ont exprimé leur nationalisme et leur fierté pour la culture ouzbek, riche d’histoire et de patrimoine.
A plusieurs de rajouter « Nous sommes prêts à développer le pays avec l'étranger, mais il faut prendre garde que cette collaboration ne devienne pas une soumission aux intérêts étrangers ». Belle connaissance de la réalité de certains pays voisins.
Un autre jeune nous a exprimé son désir de voir la corruption rampante disparaître du pays.
« Je rêve que chaque citoyen ouzbek soit égal devant la loi »
Pour cela, il propose d’assurer le développement du pays par la couche moyenne. Selon lui, « le puissant achète la loi, l'ouzbek moyen a donc besoin de voir se renforcer les lois du pays ».
Quant à Kazim, il rêve « d’un pays et d’une région sans drogue ». La fameuse Route de la Soie est devenue dorénavant une Route de la Drogue…avec l’Afghanistan, premier producteur d’opium, et le Tadjikistan en passe de devenir un narco-état. Après la Route de la Soie…la Route du Blé !!
D’autres réponses nous ont clairement surpris.
« Mon rêve est d’avoir de l’eau pour mon pays ». Réponse plus que surprenante de la part d’un jeune enfant…mais en réalité tout à fait compréhensible compte tenu de la situation géographique du pays. Pour rappel, l'Ouzbékistan est l'un des deux seuls pays au monde (après le Liechtenstein) doublement enclavés vis-à-vis de la mer (c'est-à-dire, n'ayant pas accès à la mer et n'ayant pas de voisins avec accès à la mer). D’autre part, l’Ouzbékistan est un pays essentiellement désertique dont seulement 10 % des terres sont exploités par l'homme (cultures agricoles intensives et vallées irriguées). Le Kizil-Koum est l'un des déserts les plus étendus de l’Asie Centrale couvrant une grande partie du territoire à l'ouest de l'Ouzbékistan.
Cette réponse met également en lumière l’un des plus grands désastres écologiques de la planète : la disparition progressive de la Mer d’Aral. Cette mer, partagée entre l'Ouzbékistan et le Kazakhstan, subit depuis les années 60 une régression spectaculaire représentant dorénavant un véritable désastre écologique pour la région. Cette mer a été victime du détournement de l’eau des fleuves qui l’alimentait, pour l’irrigation de la culture intensive des champs de coton (surtout à l’époque soviétique). Depuis 1960, la superficie de la mer a été divisée par deux. L'évolution actuelle laisse présager la disparition totale de la Mer d’Aral à l'horizon de 2025.