MYANMAR

   
   
 

Nous rêvions...Oui nous rêvions comme des gamins en culottes courtes de traverser les terres du Myanmar (littéralement "Pays merveilleux"), ex-Birmanie...Cette contrée, réputée pour son accueil et sa douceur, nous fait rêver depuis fort longtemps. Notre rêve était plein d'enthousiasme...Nous espérions...

Malheureusement; la caravane "Des Rêves plein Le Monde" s'est ensablée aux portes du Myanmar. Les "chiens" du gouvernement birman n'ont pas aboyé suffisamment fort pour laisser passer la caravane des Rêves...

Après plusieurs tentatives, entre l'ambassade du Myanmar à Paris, l'ambassade de France à Rangoon...nous nous sommes tristement résignés à changer notre itinéraire.

Autant il est aisé de rentrer dans le pays par avion (en se déplaçant uniquement dans des zones bien précises contrôlées par le gouvernement), autant cela se révèle pratiquement impossible par voie terrestre...Encore plus pour deux jeunes occidentaux à moto avec plein de matériel photos ordinateur...susceptibles d'être pris pour des journalistes espions.

De nombreuses régions frontalières (Thaïlande, Bangladesh, Inde...) sont habitées par des minorités ethniques (notamment les Karen...), aux volontés parfois indépendantistes...Le gouvernement birman commet clairement de nombreuses exactions dans ces régions pour maintenir son pouvoir...et préfère isoler ces contrées des regards occidentaux.

Par ailleurs, la junte militaire tenant férocement les rennes du pouvoir, se recroville sur elle même et sur son microcosme. Leur paranoïa est impressionnante. Les généraux du gouvernement viennent récemment (2005) de déplacer la capitale Rangoon de 400 km au nord en pleine campagne à Pyinmana...Les rumeurs parlent d'une crainte d'une invasion de la CIA...D'autres avancent un argument plus probable. Ce repli traduirait une volonté politique de se prémunir contre une menace de plus en plus présente, à savoir son propre peuple. Nichée dans une région montagneuse apparemment facilement contrôlable et difficilement prenable, Pyinmana est en passe de devenir une "capitale forteresse" avec construction de bunkers, et autres réseaux souterains...pour mieux contrer d'éventuelles attaques.

Le repli diplomatique du Myanmar est encore plus flagrant suite à l'appel officiel en décembre 2005 des autres membres de l'ASEAN, à engager des réformes démocratiques et à relâcher les prisonniers politiques...Sans citer officiellement son nom, l'ASEAN a clairement fait référence à l'opposante de renom, Aung San Suu Kyi.

Dans ce contexte, il était donc difficile de laisser passer "La caravane des Rêves" au Myanmar. Inutile de vous préciser que notre amertume est grande.

A défaut, nous avons voulu laisser passer "La caravane de l'Imaginaire" et tenter d'imaginer ce à quoi rêvent les birmans...

Dans notre imaginaire, nous avons rencontré deux personnalités marquantes du pays.

Général Than Shwe, chef de la junte militaire au pouvoir et commandant en chef des forces armées

myanmarAyant pris le contrôle du pays suite à un coup d'état en septembre 1988, son rêve est de garder le pouvoir, de continuer à étouffer économiquement et politiquement la population pour mieux se maintenir en place. Avide de pouvoir et d'avoir, ce despote espère poursuivre sa politique de discrimination, de censure contre toute forme d'opposition au profit...de lui même et de tout sa clique. A la tête du SPDC (State Peace and Development Council) le parti tout puissant, il dirige d'une main de fer le paysage politique et n'hésite pas à limoger et emprisonner son ancien premier ministre Khin Nyunt, incarnant la voie des réformes et réputé un peu trop ouvert à son goût.

"Ouvrez des écoles et vous fermerez des prisons" disait Victor Hugo.

Le Général répond "chaleureusement" à Victor Hugo en fermant les écoles (selon l'UNICEF, seulement 27% des enfants du primaire terminent leur scolarité), les universités (fermées depuis 1996 pour des raisons de sécurité) et rouvrant des prisons pour mieux "éduquer" les audacieux assoiffés de liberté.

Selon Robert Templer, analyste du International Crisis Group de New York, "la principale préoccupation du Général est d'assurer sa survie politique et d'avoir suffisamment d'argent pour la faire perdurer".

Vous l'aurez compris, le Général Than Shwe fait partie de ces dictateurs dont la seule ambition est de faire avancer l'humanité à reculons.

Aug San Suu Kyi, Leader du NLD et Prix Nobel de la Paix.

aungFigure emblématique de l'opposition birmane et symbole de la lutte non violente pour la liberté et la justice au Myanmar, Aug San Suu Kyi dirige "virtuellement", de sa résidence surveillée, la Ligue Nationale pour la Démocratie NLD (National League for Democracy), parti démocratique opposé à la dictature en place. Assignée à résidence depuis une dizaine d'années, l'exercice de son activité politique est bien naturellement limité. D'un courage et d'une ténacité exemplaire, elle dédie sa vie à la réforme démocratique d'un des pays les plus répressifs du monde. Son action non-violente et sa liberté de pensée ont été saluées par la scène internationale par l'obtention du Prix Sakharov du Parlement Européen en Juillet 1991 et du Prix Nobel de la Paix en Octobre 1991.

Cette "Mahatma" (grande âme en hindi) rêve depuis longtemps de voir les libertés fleurir dans son pays. Liberté d'expression, de mouvement, de pensée...du fin fond de sa villa surveillée, elle en rêve intensément...Elle ose croire, elle espère...Elle continue, sans relâche et avec une détermination phénoménale, son combat pour l'instauration de la liberté et la démocratie dans son pays...

Cette lutte pour la liberté fait de Aug San Suu Kyi, l'une des personnalités politiques les plus authentiques de ce siècle.

Déclarations de Aug San Suu Kyi :

Son fils Alexander, en recevant pour elle le prix Sakharov du Parlement Européen en juillet 1991, a précisé :
"Ma mère vous aurait dit qu'elle accepte ce prix, non pas en son nom, mais au nom des hommes, des femmes et des enfants birmans. Ceux qui, à l'heure où je vous parle, continuent, pour la cause de la démocratie, de sacrifier leur bien-être, leur liberté et leur vie". (Le Monde 12 Décembre 1991)

Dans le texte qu'elle a transmis au Parlement européen, elle indique par ailleurs :
""On ne peut se contenter d'invoquer la liberté, la démocratie et les droits de l'homme.
Il faut nous unir dans la volonté de poursuivre notre combat, nous montrer prêts à faire des sacrifices au nom de vérités durables, prêts à résister au pouvoir corrupteur de la cupidité, de l'esprit de vengeance, de l'ignorance et de la peur
".

Bibliographie :

  • Se libérer de la peur, Aung San Suu Kyi, Edition des Femmes, 1991.
  • Nationalisme et littérature en Birmanie, Aung San Suu Kyi, Editions Olizane, 1996.
  • Aung San Suu Kyi, demain la Birmanie, Jean-Claude Buhrer & Claude B. Levenson, Editions Philippe Picquier, 2003
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