Francis ENGELMANN, un curieux passionné
Cet homme n'a pas eu "de rêves d'enfants....non vraiment aucun rêve" précise-t-il avec humour et non sans une pointe de provocation...mais sa vie peut nous faire rêver par la manière dont il la mène. 
Nourrie par la passion de la vie et des rencontres, il façonne brillament sa vie à coup de curiosité tout azimut tout en refusant "la linéarité de la vie". Sa soif de découverte semble être intarissable. Il veut s'ouvrir pour apprendre, regarder pour découvrir, analyser pour mieux comprendre...Bref, sa curiosité n'a clairement pas de frontières et la réactivité du personnage est assez étonnante.
Francis, commence sa carrière, durant les années 70, dans un bureau d'études proche des offices HLM de la ville de Paris, en tant qu'urbaniste et responsable des problèmes sociaux-économiques...
1975, la vague communiste déferle sur une bonne partie de l'Asie du Sud Est. Les nouveaux régimes d'inspiration marxiste-léniniste prennent le pouvoir dans toute la région, provoquant ainsi le départ de nombreux réfugiés. A Parisl, Francis voit ce phénomène migratoire qui l'intrigue, et le pousse à s'intéresser à ces immigrés et à leur région d'origine.
Pendant les 15 années suivantes, il voyage, occasionnellement pour son travail, dans plusieurs pays de la région (Vietnam, Cambodge, Indonésie, Thaïlande)...Jusqu'au jour où la France lui propose en 1991 de participer à la création d'une école d'administration et de gestion au Laos, dans le cadre de la Coopération Francaise...Francis ne tergiverse pas un seul instant. "J'étais disponible et cela m'intéressait" s'exprime t-il...Il fonce alors, ravi de relever le défi de participer au passage d'une économie communiste à une "économie d'état de marché". Il restera 5 ans à Ventiane, la capitale, le temps d'assurer la perénnité de l'école. Entre temps, le gouvernement laotien veut faire inscrire la fameuse ville de Luang Prabang au Patrimoine Mondial de l'Unesco...et fait donc appel à ses services pour la préparation du dossier d'inscription. Qu' a cela ne tienne, toujours le même leitmotiv..."J'étais disponible et cela m'intéressait".

Une fois l'objectif rempli, il décide de rentrer quelque temps en France pour se remettre à niveau professionnellement et s'installe en tant que consultant indépendant. Véritable passionné d'histoire, il se lance également dans la rédaction d'un livre sur l'Indochine.
2002, l'UNESCO le recontacte pour un projet au Laos, financé par l'Union Européenne. Il reprend alors la route vers l'Asie pour lancer le programme Asia-Urbs "Gestion de l'espace public à Luang Prabang pour le développement socio-économique de la population locale".
L'origine du projet est étonnante : les commercants villageois de Luang Prabang (issus de l'ehtnie Tai*, essentiellement les Tai Lao et les Tai Lue) contestent l'arrivée de nouveaux concurents (les Hmongs, ethnie montagnarde) sur la place du marché central. Cette concurrence, apparement déloyale selon les Tai Lao, cache une certaine "méfiance", voire xénophobie envers les ethnies étrangères et non majoritaires...
La situation devient alors explosive et les ressentiments de chaque côté s'exacerbent.
Les autorités locales, conscientes du problème, sont paralysées par la complexité de la situation. L'UNESCO prend alors les devants et réagit en demandant un financement de l'Union Européeene, pour désamorcer le conflit naissant.
Revient donc à Francis Engelmann, accompagné de ses collègues Lao, la charge et la gestion de ce projet. Il se lance alors avec d'autres partenaires dans une mission sociale et ethnologique. Des travaux de rénovation et d'amélioration de l'urbanisme sont donc entrepris. Convaincu que la méfiance mutuelle entre ethnies est le résultat d'une grande ignorance des deux côtés, Francis entreprend un véritable travail d'ethnologie, de concertation et de sensibilisation des populations locales. Une remarquable brochure est éditée en 3 langues (français, lao et anglais) avec pour principal objectif de faire mieux connaître les ethnies entre elles. L'origine de chaque ethnie y est relatée en précisant leurs respectives spécificités artisanales et culturelles, le symbolisme de chaque motif décoratif...
Le résultat aujourd'hui est concluant...les commerçants, issus d'ethnies différentes, se côtoient avec respect et sans heurts, au marché central, renommé depuis lors "marché artisanal".
Bien que le projet de l'UE soit terminée depuis 2 ans, Francis, continue bénévolement de surveiller cet équilibre ethnique.
Le personnage n'est pas avare de son temps et sa générosite est simple et entière. "Sans être Mère Thérésa " précise-t-il, Francis Engelmann cherche à concilier les intérêts de chacun, à améliorer la communication entre les gens. "Ce qui m'intéresse, c'est le processus, les engrenages et les intéractions entre les gens pour permettre une meilleure compréhension et intéraction". Il est, par ailleurs, "de plus en plus persuadé, que le sous-développement n'est pas une simple affaire de pauvreté matérielle, mais de manque de connaissance, de force et de santé, d'organisation, de bonne administration".
Egalement, il participe bénévolement à divers projets locaux de micro-développement : Programme de formation de couturières, de sauvegarde des traditions culturelles et musicales d'un village. Il ouvre même au sein de sa maison, une salle d'exposition, pour participer à la promotions d'artistes....
C'est pourquoi en 2004, on lui propose de particier à Luang Prabang à un nouveau projet, initié par une conservatrice de musée new yorkaise, Frantz Morin. Le projet d'art et d'éducation "Quiet in the Land" consiste à faire travailler des artistes étrangers avec les habitants en s'intégrant dans leur vie quotidienne ainsi que dans la vie publique de Luang Prabang. Figure locale incontestable, connaissant toutes les rouages de l'administration de Luang Prabang, Francis Engelmann se plait à jouer "la nourrice, le trait d'union" de tout ce petit monde.
Voilà donc un amoureux de la découverte et de l'éclectisme, qui trouve son chemin dans le changement et l'action .
Contact
engelf@club-internet.fr
Comment soutenir ses actions
Francis Engelmann rêve de voir Luang Prabang se développer d'une manière durable. Le tourisme est "une arme à double tranchant" selon lui, et la ville de Luang Prabang n'a comme atout économique que le tourisme. Il aimerait donc apporter son aide à la création d'une école locale de formation touristique et hôtelière pour les jeunes aujourd'hui sans formation.
Il rêve de "trouver une personnalité de ce secteur qui ait l'envie et les moyens de faire à Luang Prabang un projet similaire au centre de formation aux métiers d'hôtellerie créé par Paul Dubrule » l’ancien Président fondateur du Groupe Accor, Sénateur de Seine et Marne et fondateur d'une école de formation hôtelière à Phnom Penh. Les besoins sont réels et Luang Prabang, l'endroit idéal pour monter une telle initiative...Si ce type de projet vous séduit, on ne peut que vous conseiller de rentrer en relation avec Francis Engelmann, il sera alors un excellent contact pour vous aider à vous lancer dans cette entreprise.
Il souhaiterait également voir se développer un "tourisme plus responsable" mêlant tourisme culturel et développement durable. Il imagine des visites de villages ayant une tradition musicale ou artisanale, avec participation des touristes au développement du village par le financement d'instruments de musique ou de machines à coudre...).
Ouvrages de Francis Engelmann
« Luang Prabang, capitale de légende » ASA Editions (www.asaeditions.com), Paris 1997
« L’Indochine à la Belle Epoque, un rêve d’aventure 1870-1914 » ASA Editions (http://www.asaeditions.com), Paris 2001
« Laos, sur les rives du Mékong : De Luang Prabang aux provinces du Nord », Edition du Chêne (www.editionsduchene.fr), Paris Septembre 2005, en collaboration avec le photographe Serge Sibert et l’anthropologue Yves Goudineau.
Dans le cadre de son activité au sein de La Maison du Patrimoine de Luang Prabang, il a également publié plusieurs brochures diffusées localement dont :
« Tissus ethniques du marche artisanal de Luang Prabang » - Edition La Maison du Patrimoine, 2002
Remerciements
Francis Engelmann, Arnaud DUBUS, correspondant RFI et Libération à Bangkok
* Le terme "Tai" désigne la grande famille ethno-linguistique dont font partie les Lao, les Siamois de Thaïlande, les Shan de Birmanie. A ne pas ne pas confondre avec les Thhaî, habitants de la Thaïlande.
Projet PEUAN MIT
Après MITH SAMLANH, déjà présenté dans la rubrique "Rêves d'adultes" du Cambodge, voici un autre projet local lancé par l’ONG Friends-International.
A première vue, le projet PEUAN MIT (traduction littérale "ami proche" en lao) se rapproche sensiblement de son homologue cambodgien.
Nous avons retrouvé le même professionnalisme et la même réactivité qu'au Cambodge. Conscient des limites de l'assistanat, Peuan Mit réalise un véritable travail de fond avec toujours la même ambition de réintégrer l'enfant globalement dans la société (famille, école, vie active..).
Néanmoins, le contexte d'intervention du projet Peuan Mit est un peu particulier. En effet, l'origine du projet est née d'une étude de l'UNICEF datant de 2003, mettant en évidence le phénomène croissant des enfants des rues à Ventiane. Le gouvernement lao, n'ayant pas l'expérience de gérer de telle situation, fait donc appel en 2004 à l'organisation Friends-International pour les assister dans la lutte contre ce nouveau problème. Peuan Mit a été donc créée conjointement par le Ministère du Travail des Affaires Sociales et Friends-International afin de mettre en place un projet national en faveur des enfants des rues.
Les fléaux (HIV, drogues, violences familiales...), frappant durement le Cambodge, commencent à apparaître au Laos et à pousser les enfants dans les rues. Les programmes de Peuan Mit se concentrent ainsi essentiellement sur la prévention et l'anticipation de ces problèmes.
Voici les grandes lignes de ce projet :
- Prévention pour les enfants "à risque" dont l'exclusion est imminente
- Réintégration des enfants des rues dans la société (à l'heure actuelle, Ventiane compte entre 200 et 400 enfants des rues)
- Formation du personnel du Ministère visant à améliorer leurs compétences en matière de travail social avec les enfants des rues.
Plusieurs équipes ont été ainsi mises en place :
- Equipe des rues (parcourant les rues de Vientiane pour suivre les enfants, fournir des activités d’éducation, de sport, santé ... et encourager les enfants à sortir de l'univers des rues)
- Equipe du centre (activités artistiques, éducation, santé, hygiène, encadrement du centre résidentiel)
- Equipe de formation professionnelle (projet de mécanique et prochainement, ouverture d'un restaurant d’application)
- Equipe de réintégration (dans les familles, écoles, travail). A titre indicatif, le travail de réintégration d'un enfant est une tâche de longue haleine, exigeant parfois de nombreux mois, voire plusieurs années d'efforts.
- Equipe de prévention, divisée entre l’Ecole mobile (éducation non-formelle dans les villages pauvres avec des méthodes de pédagogie active en vue d'une réintégration au sein de l'école publique) et les plans de développement communautaire (l'aide de plusieurs familles pauvres impliquant parfois une analyse plus globale, au niveau de la communauté ou du village, pour trouver des solutions en amont).
Pour conclure, le projet PEUAN MIT confirme, une fois de plus, la grande réactivité de l'association Friends-International. Tant au Laos qu'au Cambodge, Friends-International poursuit son effort en adaptant intelligemment son intervention en fonction du contexte et des problèmes du pays.
Comment soutenir le projet PEUAN MIT
Le projet étant assez récent et en pleine phase d’expansion, les besoins sont essentiellement d'ordre financier. L’équipe manque cruellement de travailleurs sociaux. Le centre d’accueil (où une trentaine d'enfants vivant en permanence), et l’équipe de prévention sont les deux principaux postes dont les besoins sont importants.
Pour soutenir Peuan Mit : http://www.friends-international.org/supportus.html
Contact PEUAN MIT
Pierre-Louis Leroy
pierre@friends-international.org
Program Coordinator – Lao PDR
Friends-International
The Street Children Network
(856) 20 77 17 035
www.friends-international.org
Remerciements
Pierre-Louis Leroy, Tingkham Khounsouvanh, et Sébastien Marrot.